Iñaki Zubillaga de Guiche : un sacré monsieur !

 

Un homme de conviction comme il y en a peu. Une tranquillité et une détermination souriantes, mais une volonté implacable de lutte contre l’injustice et la morgue des possédants. Enfant de réfugié, il cultive la mémoire de ce père mort il y a un an et demi et qui a souffert dans sa chair pour ses convictions. En son honneur il partira ce dimanche matin de la maison où il a vécu la fin de sa vie, de Saint-Paul-lès-Dax, pour un Tour de France exceptionnel celui des maisons d’arrêt et autres pénitenciers où croupissent des dizaines de milliers de prisonniers. Parmi ceux-là, les prisonniers basques qui sont en France, à ce jour, des centaines. Les autres aussi, les oubliés, les militants de luttes armées qu’on a mis là pour de nombreuses années, et aussi ceux que l’on nomme de droit commun, qui passent un été unis dans la même torpeur étouffante et mortelle. Iñaki est un militant du syndicat CNT-AIT de Bayonne.

A l’heure où les euros vont remplir par millions des escarcelles, non pas celles des coureurs épuisés du Tour de France, mais plutôt celles de sociétés de tous ordres, Iñaki relève un défi, dans une action symbolique mais ferme.

« C’est d’abord pour aider tous les prisonniers, les politiques, les droits communs : en été les gens vont à la montagne, à la plage et je me suis dit que dans les 2 020 Km de ce Tour de France que je vais parcourir, je verrai le ciel, les arbres, je prendrai le vent ou la pluie, tout ça je veux le leur donner, simplement. »

Iñaki raconte l’histoire qui l’a marqué, celle de son père « il est resté en prison à Martutene, à Saint-Sébastien, il a traversé les montagnes avec des camarades et il s’est réfugié ici où on lui a interdit de résider dans vingt-deux départements frontaliers ». C’était l’année 1945, après la guerre, la France soutenait déjà du bout des lèvres la dictature franquiste, abandonnant les républicains et les militants basques.

Le vélo contre l’injustice

Ce goût pour le vélo est ancien « tout petit, j’ai fait du vélo, j’ai suivi le Tour de France et, comme tous les enfants, j’ai voulu en être un acteur : dès l’arrivée des étapes, je prenais mon vélo et je faisais le tour du quartier je ne sais combien de fois et j’ai toujours pensé qu’un jour je ferai ce Tour ». Il a participé à quelques compétitions mais, il le reconnaît, « j’étais mauvais et je me suis dit, arrivé à quarante ans, qu’il fallait que je me lance une sorte de défi comme nous les aimons dans la famille, c’est ce que je fais ». Ses trois semaines de vacances serviront à ce périple.

Une aventure particulière où sa femme et ses enfants vont l’accompagner, « comme dans le Tour, ce sera ma Caravane, mais nous faisons un Tour sans publicité, sans rien, sans argent, ils seront là pour m’aider, mais je ferai tout pour y arriver ». Des difficultés apparaîtront peut-être car il avoue avoir « des problèmes au genou, je me le suis abîmé en faisant du sport et j’ai dû m’arrêter souvent ». Il n’a pas peur non plus d’avouer sa préparation relativement modeste : « je travaille toute la semaine et je n’ai que le dimanche pour m’entraîner, c'est assez peu, c’est pour ça que c’est un défi personnel, je veux offrir aux prisonniers toutes mes forces ».

Un effort peu commun en tout cas qu’il se prépare à effectuer : « devant une forte pente, vient l’idée qu’il faut renoncer, mais en pensant que là-bas, il y a des gens qui tournent en rond dans une cellule, je me dis que moi j’ai la possibilité de faire ça et qu’il faut que je continue ».

Un Tour dont il a fixé les étapes : Gradignan, Saint-Martin-de-Ré, Nantes, Saint-Malo, Val-de-Reuil, Bapaume, Cambrai, Strasbourg,... Et de préciser qu’en plus des maisons d’arrêt et des centrales, « je fais aussi les centres de rétention ». Ensuite, c’est Clairvaux, Joux-la-Ville, Moulins-Yzeure où il dit « avoir envie de grimper le Petit Saint­Bernard où est passé Hannibal avec ses éléphants et où je passerai à vélo, tranquille ». La suite : Tarascon, le centre de rétention de Sète, Muret, Lannemezan, Tarbes, Pau et l’arrivée à Guiche.

Un Tour aussi, qu’il a prépare avec l’Observatoire International des Prisons. Il avisera des radios locales, des journaux comme L’Envolée, Radio Txalaparta à Paris, Radio Libertaire. « Nous avons envoyé des lettres à des prisonniers, pas tous, on en a choisi : on leur a dit qu’ils ne sont pas seuls, qu’il y a des gens, dehors, avec eux. On leur demande d’en informer les autres prisonniers. » Parmi les presos contactés Peio Serbielle, Jean-Marc Rouillan ou Zurrutuza des Commandos Autonomes.

Beaucoup d’efforts de toutes sortes sont déployés par divers Comités pour soutenir et aider les prisonniers, les rapprocher. Son initiative pacifique est logique. « Que font les prisonniers toute la journée ? Ils tournent en rond dans un petit espace, comme des lions en cage, j’ai pensé leur dédier tous ces kilomètres, certains en ont pour dix, vingt ans, combien ils vont faire de kilomètres en rond ? Pour moi c’est une chose terrible ».

La prison, pour Iñaki, ce n’est pas toujours pour les autres « avec ces nouvelles lois, on peut tous un jour se trouver en prison, c’est pour ça qu’il faut aider les gens, c’est tout simple ».

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