F.E.L.C.O
Fédération des Enseignants de Langue et de Culture D’Oc
Madame, Monsieur le Député,
Madame, Monsieur le Sénateur,
Madame, Monsieur le Conseiller Régional
Madame, Monsieur le Conseiller Général
Madame, Monsieur le Maire,
Notre association, qui regroupe les enseignants d'occitan de l'enseignement public, remercie chaleureusement les élus nombreux qui ont relayé auprès du gouvernement sa protestation face à la diminution drastique du nombre des postes mis au concours du CAPES d'occitan-langue d'oc pour la session 2004.
Ces élus ont reçu du Ministère de l'Education nationale une réponse qui présente deux caractéristiques :
- elle est stéréotypée -au point d'être parfois offerte à des intervenants dont la question portait sur autre chose-
- elle est au mieux incomplète, au pire inexacte. Nous joignons, pour information, un certain nombre de chiffres qui permettront aux élus de connaître mieux la situation réelle de l'enseignement de la langue d'oc.
Notre espoir, jusqu'ici, était qu'à force d'être interpellé sur ce sujet, le Ministère comprendrait qu'il y avait là un problème que l'on ne pouvait rejeter d'un revers de main. Il apparaît à présent que nous l'avions gravement sous-estimé. C'est maintenant l'existence même du CAPES d'occitan langue d'oc, et des autres CAPES de langues de France, qu'il a choisi de remettre en cause, brutalement, et bien entendu sans aucune concertation : à la session 2005, il n'y aurait aucun poste offert pour ces disciplines.
C'est pourquoi nous nous tournons de nouveau vers vous afin de faire entendre, auprès des plus hautes autorités de l'Etat, la voix de ceux qui ne se résignent pas à voir rejeter froidement hors de l'école de la république des langues qui font partie du patrimoine culturel national et européen.
Nous nous tenons à votre disposition pour toute information complémentaire.
Nous vous prions d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de nos sentiments distingués.
P/O du président, Marie Jeanne Verny
Secrétaire-adjointe de la FELCO
F.E.L.C.O
Fédération des Enseignants de Langue et de Culture D’Oc
Madame, Monsieur le Député,
Madame, Monsieur le Sénateur,
Madame, monsieur le Conseiller Régional
Madame, Monsieur le Conseiller Général
Madame, Monsieur le Maire,
La FELCO a eu l'occasion de vous solliciter sur la question de la baisse du nombre de postes au CAPES d’occitan-langue d'oc à la session 2004. Nous vous remercions très chaleureusement tous ceux d'entre vous qui sont intervenus pour soutenir notre action, par des courriers adressés au ministère, ou par des questions écrites à l’Assemblée Nationale.
Après toutes ces interventions, une réponse a été faite par le ministère. Elle est parue dans le JO du mardi 18 mai 2004.
Elle est très inquiétante.
D’une part elle comporte un certain nombre de très graves erreurs ou oublis que nous tenons à rectifier.
D’autre part elle démontre
- soit une méconnaissance, de la part des fonctionnaires qui l’ont écrite, des textes et de l’engagement de l’Etat de « contribuer à la transmission des langues et cultures régionales » et de « préserver cet élément essentiel du patrimoine national »
- soit un changement complet de politique et une volonté de liquidation de l’enseignement de l’occitan
I – Extrait de la réponse aux élus :« Bien que créée plus tardivement que les autres sections de langues régionales, cette section a bénéficié de recrutements importants et c’est elle qui comporte , parmi les langues régionales, le plus grand nombre d’enseignants ».
L’ historique récent des postes aux CAPES de langues régionales montre bien que l’occitan est en valeur relative et par département concerné le plus mal doté :
|
Langue |
2000 |
2001 |
2002 |
2003 |
2004 |
total |
Nombre de départements concernés |
Nombre d’Académies concernées |
Nombre moyen de postes créés par département |
|
Basque |
5 |
6 |
6 |
4 |
1 |
22 |
1 |
1 |
22 |
|
Catalan |
5 |
6 |
6 |
4 |
1 |
22 |
1 |
1 |
22 |
|
Corse |
6 |
8 |
9 |
7 |
3 |
33 |
2 |
1 |
16,5 |
|
Breton |
9 |
11 |
8 |
8 |
2 |
38 |
4 |
2 |
9,5 |
|
Créole |
- |
- |
11 |
9 |
4 |
24 |
4 |
1 |
6 |
|
Occitan |
19 |
22 |
20 |
14 |
4 |
79 |
32 |
8 |
2,46 |
|
Total |
44 |
53 |
60 |
46 |
15 |
218 |
42 |
11 |
5,19 |
Si le ministère avait tenu compte de l’importance de la zone linguistique occitane et de la population concernée, il n’aurait pu écrire cela car ces chiffres montrent clairement qu’en valeur relative le nombre de professeurs d’occitan par département ou par établissement est beaucoup plus faible pour l’occitan que pour celui des autres langues de France.
Le taux d’encadrement dans les établissements du secondaire (nombre moyen de professeurs de langue régionale par établissement) confirme d’ailleurs le retard de l’occitan par rapport aux autres langues :
|
Taux d’encadrement |
Basque |
Breton |
Catalan |
Corse |
Occitan |
|
1997 |
0,87 |
0,12 |
0,66 |
2,3 |
0,03 |
|
2003 |
1 |
0,5 |
1 |
2,5 |
0,06 |
L’effort consenti par l’Education Nationale est donc très faible en ce domaine, contrairement à ce que suggère la réponse et on ne peut que constater la disparité de traitement dont est victime l’occitan.
Pratiquement tous les jeunes français de Corse, du Pays Basque, de la Catalogne française… ont la possibilité d’étudier leur langue régionale car il y a un professeur de langue régionale dans leur collège ou leur lycée alors que seule une infime minorité de ceux qui vivent en Pays d’Oc peuvent le faire….Est ce normal ?
L’égalité républicaine, le souci affiché par les textes de « contribuer à la transmission » implique une offre en occitan, un encadrement en professeurs comparable à celui des autres langues de France.
Que deviendrait le français, notre langue nationale, s’il était ainsi maltraité dans les pays ou régions où il est langue « minoritaire » ?
II - Extrait de la réponse aux élus : « Désormais, la demande d’enseignement dans cette spécialité est couverte : étant donné le nombre d’élèves souhaitant étudier l’occitan, la quasi-totalité des enseignants en occitan doit exercer son service dans plusieurs établissements souvent situés dans des communes différentes, et n’effectue pas la totalité de son temps de service en occitan, complétant généralement celui-ci dans d’autres disciplines, quand cela est possible. »
1 - Cette façon de mettre en avant la question de la demande en ignorant les besoins réels peut laisser craindre un changement de politique, c’est-à-dire que l’on passerait d’une politique d’offre visant à transmettre « un élément essentiel du patrimoine national » (Circulaire de 1995 signée Xavier Darcos, circulaires Lang de 2001) à une absence de politique, donc un désengagement abandonnant l’occitan à son sort ? Nous savons bien que refuser d’organiser l’offre en ce domaine revient à étouffer la demande.
2 - Quant aux effectifs eux-mêmes, nous pouvons apporter un certain nombre de réponses :
- Les effectifs sont en hausse pour l’instant, à moins que l’on décide là aussi d’organiser une concurrence entre différentes options…et qu’on refuse, ce qui est souvent le cas, de le proposer dans de nouveaux établissements…
- Nous pouvons citer des cas de non remplacement de professeurs partant à la retraite ou malades , faute de professeurs …
- Dans de nombreux établissements du secondaire, les cours d’occitan sont dévalorisés par des pratiques déloyales : horaires kafkaïens, absence d’information et désinformation, sabotages divers de la hiérarchie, pressions psychologiques exercées sur les professeurs ( nous pouvons citer des cas précis).
- On ne peut pas dire que les besoins sont couverts tant que comme pour les autres langues régionales on ne le propose pas dans tous les établissements…
- On ne peut pas dire que les besoins sont couverts quand faute de moyens on ne respecte pas l’horaire normal prévu par les textes pour chaque niveau…
3 – Effectivement, des professeurs certifiés d’occitan effectuent leur travail dans plusieurs établissements mais une des raisons de cette situation c’est parce qu’ils ne sont pas assez nombreux !. Ceci explique la nécessité de les utiliser sur plusieurs établissements et leur surcroît de travail : déplacements, efforts pour une meilleure intégration de la discipline dans chaque établissement, considération moindre que pour un professeur à temps plein sur un seul établissement. Il serait donc préférable de créer de nouveaux postes afin de limiter ce nomadisme, permettre une meilleure considération de la discipline dans chaque établissement, en utilisant mieux la bivalence de ces certifiés ( bivalence qui avait bizarrement été oubliée lors des premières explications du ministère après la baisse du nombre de postes…).
4 – Les rectorats ont reçu des consignes d’économie , qui se traduisent par une diminution des moyens . La conséquence est radicale pour les « petites » disciplines qui sont réduites à la portion congrue : c’est le cas de l’occitan. Et ce phénomène est encore accentué dans les académies dans lesquelles il n’y a pas de véritable politique rectorale en faveur de son enseignement.
Tout cela démontre que, contrairement à ce que dit la réponse du ministère:
- les besoins d’enseignement ne sont pas couverts;
- si l’enseignement de l’occitan bénéficiait de conditions normales de valorisation, d’information et d’organisation, les effectifs continueraient d’augmenter et la transmission de la langue serait certainement meilleure.
III - Extrait de la réponse aux élus : « Compte-tenu de la pyramide des âges de cette discipline (moyenne d’âge 37,6 ans), peu de départs à la retraite sont enregistrés : 3 départs prévus pour la rentrée 2004 alors que 14 nouveaux titulaires prendront leurs fonctions à cette même rentrée .»
Ce calcul de la pyramide des âges ne concerne que les personnels recrutés depuis 1991, après la création du CAPES d’occitan. Il oublie tous les professeurs qui enseignaient l’occitan et une autre discipline avant la création du CAPES, qui ont continué depuis en raison des besoins de service, qui sont nettement plus âgés que la plupart des certifiés et qui prennent ou vont prendre leur retraite.
Comment va-t-on les remplacer, sachant qu’ils sont actuellement 57 dans ce cas ?
Précisons que ces 14 entrants du concours 2003 sont répartis comme suit, pour répondre aux besoins (ces personnels seront utilisées à temps plein pour l’enseignement de l’occitan) :
|
Académies |
Aix-Marseille |
Bordeaux |
Clermont |
Grenoble |
Montpellier |
Toulouse |
|
Nombre de postes |
1 |
1 |
1 |
1 |
5 |
5 |
IV - Extrait de la réponse aux élus: « A la rentrée 2003, 12 surnombres étaient déjà comptabilisés. Ils vont donc doubler à la rentrée 2004 ».
Il y a peu de temps, le ministère indiquait 17 surnombres. C’est donc qu’il y aurait du progrès !
Cela n’est pas sérieux car il n’y a pas de professeurs d’occitan en surnombre. Nous mettons le ministère au défi de donner une liste des noms des personnels concernés !
Ce manque de sérieux a même atteint des sommets en ce qui concerne l’ Aquitaine, pour laquelle, vers février, le ministère pour justifier des fermetures de postes, avançait le nombre de 8 surnombres. Le Recteur de l’académie de Bordeaux lui-même a confirmé, lors du dernier conseil académique, en juin, qu’il n’y avait pas de surnombre et que tous les TZR d’occitan travaillaient…
Dire en plus à propos des surnombres « Ils vont donc doubler à la rentrée 2004 » à cause des 14 nouveaux certifiés de 2003 est faux !
Tous les nouveaux certifiés, répétons le, seront employés à temps plein en occitan ou dans leur option. L’académie de Toulouse a elle seule a créé 15 postes définitifs avec l’occitan. Plusieurs académies, Bordeaux et Montpellier notamment, faute d’un nombre suffisant de certifiés et stagiaires vont devoir recruter pour la prochaine année scolaire des contractuels et des vacataires…et imposer à leurs enseignants d’occitan plusieurs établissements pour répondre aux besoins.
Voici le tableau de la répartition des professeurs d’occitan :
|
ACADÉMIE |
total |
total CAPES hors stagiaires |
titulaires poste |
Détachés |
TZR total |
TZR affectation courte |
TZR détaché |
stagiaires |
vacataires |
contractuels à l'année |
prof autre discipline |
|
|
Aix |
26+n |
24 |
0 |
8 |
6,75 |
1,25 (0,5+00,5+0,25) |
0 |
2 |
0 |
0 |
n |
|
|
Bordeaux |
46 |
30 |
13 |
2 |
15 |
15 |
0 |
2 |
3 |
0 |
11 |
|
|
Clermont (Cantal) |
5 |
1 |
1 |
0 |
0 |
0 |
0 |
1 |
3 |
|||
|
Clermont (reste) |
||||||||||||
|
Grenoble |
1+n |
1 |
0 |
1 |
1 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
n |
|
|
Limoges[3] |
6 |
1 |
1 |
0 |
0 |
1 |
0 |
4 |
||||
|
Montpellier |
70 |
41 |
26 |
0 |
15 |
14,5 |
0,5 |
0 |
5 |
4 |
1 |
19 |
|
Nice |
14 |
14 |
8 |
0 |
6 |
4 |
2 |
0 |
0 |
0 |
0 |
0 |
|
Poitiers |
0 |
|||||||||||
|
Toulouse |
87 |
62 |
22 |
0 |
40 |
38 |
2 (4×0,5) |
2 (4×0,5) |
4 |
0 |
2 |
19 |
|
París-Créteil-Versailles |
1 |
0 |
0 |
0 |
0 |
1 |
||||||
|
total |
256 |
174 |
87 |
2 |
85 |
79,25 |
5,75 |
2 |
13 |
8 |
4 |
57 |
2 – Ce chiffre de 12 surnombres est le résultat d’un système de calcul qui ne tient pas compte de toutes les heures d’enseignement en occitan devant les élèves de la part des professeurs TZR ( 85 personnes ) :
En raison des mesures d ‘économie imposées aux établissements et aux rectorats les moyens attribués à l’occitan sont inférieurs aux besoins des établissements.
Donc, un certain nombre de TZR effectuent parfois des heures d’enseignement qui ne sont pas comptabilisées ! ! !
Il y a donc une différence entre les heures d’enseignement « officielles » et les heures d’enseignement « réelles » mais cet écart qui peut exister ici ou là comme dans d’autres disciplines ne peut représenter le service de 12 personnes!
Ces données erronées qu’affiche un service du ministère sont donc directement liées aux mesures d’économie qu’il a prises et à un système de calcul inopérant…
En guise de conclusion provisoire :
La France ne cesse de proclamer son attachement à la diversité linguistique et culturelle et au //