Interview de Jean Guy Talamoni au journal Métro du 10/12/2004

Jean-Guy Talamoni : "Le racisme est un piège mortel pour la Corse"

Le président du groupe des élus nationalistes à l'Assemblée de Corse évoque la multiplication des actes de racisme sur l'île de Beauté, les relations des nationalistes avec le gouvernement, et sa mise en examen dans l'affaire Pieri.(10/12/2004)

Président du groupe des élus nationalistes (Unione Naziunale) à l'Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni publie Libertà*, un livre d'entretiens avec le journaliste de Corse-Matin Jacques Renucci. Ce personnage controversé évoque pour Metro la multiplication des actes de racisme sur l'île de Beauté, les relations des nationalistes avec le gouvernement, et s'élève contre sa mise en examen dans l'affaire Pieri.

Métro : Le FLNC a revendiqué mercredi huit attentats ces derniers mois. Comment parler dans ce cas de trêve de la violence ?

Jean-Guy Talamoni : Je ne suis pas le porte-parole du FLNC mais responsable d'un parti politique public, Corsica Nazione. Je lis les communiqués comme tout le monde et j'essaie de comprendre ce qu'ils disent. Le FLNC dit avoir répondu ponctuellement à certaines situations mais maintient la trêve pour l'avenir. Le nombre d'attentats qui vient d'être revendiqué n'a rien à voir avec ce que fait le FLNC lorsqu'il n'y a pas de trêve. Des responsables de gauche et de droite ont dit que les bombes avaient protégé le littoral de la Corse de la spéculation immobilière. C'est vrai. Mais je ne suis pas en train de vous dire que c'est la solution. La solution c'est de faire des lois pour que le littoral soit préservé. Ce qui n'est pas le cas lorsqu'on voit aujourd'hui le Sud de la France.

Métro : Quel regard portez-vous sur les actions racistes commises ces derniers mois à l'encontre de la communauté maghrébine en Corse ?

JGT : Ce genre de dérive se développe car la société corse est malade, en quête d'identité. Le racisme est la manière la plus impossible de répondre à une situation qui est mauvaise, dégradée. C'est un piège mortel qui doit être évité de toutes les manières possibles. Aujourd'hui, nous vivons très mal la campagne de diffamation qui est menée contre la Corse sur cette question. La Corse a toujours adopté des étrangers, à toutes les périodes de son histoire, avec un système d'intégration qui n'est pas celui de la France. Aujourd'hui, celle-ci construit des ghettos, fait coexister des communautés
concurrentes sur le même sol. ‚a ne marche plus, comme l'a montré le récent rapport de la Cour des comptes. En Corse, il y a toujours eu une communauté de destins qui a intégré des Italiens, des Français, des Maghrébins et même des Britanniques. La Corse a toujours fabriqué des Corses.

Métro : Comment jugez-vous aujourd'hui les relations du gouvernement français avec les responsables nationalistes corses ?

JGT : Le gouvernement refuse le débat politique en n'abordant la Corse que comme un problème de maintien de l'ordre. Dire qu'il suffit de mettre les nationalistes en prison pour régler le problème, ce n'est pas sérieux ! Moralement, ce n'est pas acceptable, et politiquement, ce n'est pas efficace.

Métro : Vous contestez vivement votre mise en examen dans l'affaire Pieri, le 18 avril dernier, pour "extorsion de fonds en relation avec une entreprise terroriste". Qu'attendez-vous désormais de la justice ?

JGT : On m'a fait un procès en sorcellerie. Je mets au défi quiconque d'apporter une pièce du dossier me mettant en cause. Simplement monsieur Jean-Christophe Pinot (conseiller de Jacques Maillot, l'ancien président de Nouvelles Frontières) s'est senti, par mon comportement chaleureux lors d'une brève rencontre à l'Assemblée de Corse, "encouragé" à payer une certaine somme d'argent à l'hebdomadaire nationaliste Rimbombu ! Cette affaire est une manière particulièrement déloyale, de la part des pouvoirs politiques, et non judiciaires, de me mettre hors jeu. Je ne vais pas me laisser faire.

Métro : Quel statut souhaitez-vous défendre à court et à long terme pour l'île ?

JGT : Nous pensons qu'il faut d'abord rétablir le dialogue, puis engager un processus de compromis historique comme celui qui a été enclenché en Irlande. Les indépendantistes que nous sommes ne vont pas forcément y trouver leur compte dans l'immédiat. Mais il faut laisser la porte ouverte à toutes les possibilités, y compris l'indépendance nationale, car les indépendantistes sont nombreux.

Métro : Quelle forme pourrait prendre ce compromis ?

JGT : La France donnerait un peu plus de pouvoir à la Corse pendant quelques années en matière législative et économique afin d'installer la paix. Tout cela sous le contrôle de l'Union européenne. Dans la continuité, les Corses pourraient préparer leur destin. Les indépendantistes, dont nous sommes, continueraient à plaider pour l'indépendance. Ceux qui sont contre et souhaitent conserver un lien institutionnel avec la France défendraient leur point de vue. Il n'est pas question d'un divorce définitif et douloureux.

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