Syndicat CGT
Papeteries de Gascogne
Gascogne Emballage

La théorie de la sauterelle

L’usine va mal. Ce constat vous le faites tous les jours. Nos dirigeants aussi, à ceci près que les solutions pour changer la donne sont radicalement opposées, voire même contradictoires.

Pour les uns il faut tailler à la hache dans les effectifs et pour nous il faut embaucher !!!

Le papier est de mauvaise qualité parce que de nombreuses installations de production ne sont plus en état de fonctionnement industriel normal. Pour eux, c’est essentiellement dû au « défaut de vigilance » des opérateurs et donc il faut les sanctionner, ce qui est beaucoup plus simple et surtout ça leur permet de se défausser à bon compte.

Mais depuis de nombreuses années on n’a jamais vu un tel merdier et que dans peu de temps il va falloir rendre des comptes à l’actionnaire, et là, il va y avoir le feu.

D’ou la stratégie du « pas nous pas nous » qui consiste pour l’essentiel à refuser d’être mis au courrant de ce qu’est la réalité, ce qui pour certains permet ensuite d’être inattaquables au niveau de la responsabilité.

Force est de constater qu’aujourd’hui, nous sommes à ce niveau d’encadrement, extrêmement doués pour cette pratique. Si certains sont sortis de derrière les ordinateurs, les voilà subitement devenus sourds !  Ce qui confirme la théorie de la sauterelle :

Prenons un cadre supérieur exposant au conseil d’administration du groupe sa vision de la gestion de l’entreprise :

            Le cadre : Il pose une sauterelle sur le bureau et lui ordonne de sauter ;

            La sauterelle :La voilà qui saute

            Le cadre : Il lui coupe une patte et lui ordonne de sauter.

            La sauterelle :Elle saute.

            Le cadre :  Il lui coupe une deuxième patte et lui ordonne de sauter

            La sauterelle : Elle saute.

            Et ainsi de suite…..et la sauterelle n’a plus de patte.

            Le cadre : Il lui ordonne de sauter

            La sauterelle : Rien…

            Le cadre : Il recommence

            La sauterelle : Rien…

            Le cadre : Il insiste

            La sauterelle : Toujours rien….

Messieurs dit le cadre supérieur, la sauterelle est devenue sourde !!!

Ca pourrait prêter à sourire, mais surtout pas. Prenons le cas du cabinet MUTA, qui, il y a deux ans a restructuré la maintenance avec le résultat que l’on connaît.

Beaucoup pensent : c’est un échec. Erreur, c’est un succès. A y regarder de plus près, on s’aperçoit que la restructuration n’est que secondaire, l’objectif principal de MUTA étant de supprimer du personnel.

Ce qu’il faut comprendre c’est que depuis deux ans nous sommes dans un schéma de casse industrielle et que l’impact psychologique  sur les salariés doit être très fort.

La première étape consiste donc à détruire ce qui existe et qui marche pour que nous perdions nos repères. Résultat quasi immédiat : nous ne pouvons plus travailler dans des conditions normales, les pannes s’accumulent, le climat se détériore, le stress s’installe, bref on ne sait plus faire et l’on culpabilise. Et au bout de deux ans le résultat est atteint.

La deuxième phase peut commencer, revoilà MUTA. Maintenant, on nous fait constater que l’on ne sait plus faire et qu’il est grand temps de remettre de l’ordre. Seulement, nous dit-on, le savoir faire est parti, la technicité a disparu, les réparations sont mal faites et le coût trop élevé…..

Mais bon, MUTA va me restructurer tout ça et ne pensez surtout pas que ça ira mieux demain.

En fait ce n’est que la préparation psychologique qui tout naturellement doit nous amener à admettre la sous-traitance de tout un service, qui elle, est déjà programmée.

La situation dégradée que nous vivons depuis deux ans n’est pas due à la fatalité, elle a été longuement  préparée et décidée par nos dirigeants à la demande expresse de l’actionnaire. Car si rien n’est fait pour, non pas investir, mais seulement pour entretenir ce qui existe, c’est que c’est voulu. Il faut de plus en  plus d’argent à l’actionnaire et pour cela, deux leviers : suppression du personnel à outrance et ne pas dépenser d’argent pour l’entretien.

Alors combien nous reste t’il de pattes et surtout allons nous leur laisser longtemps la hache à la main ?

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