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ASKATASUNA (liberté)

QUELQUES CHIFFRES DE LA RÉPRESSION EN EUSKAL HERRIA DEPUIS 25 ANS (chiffres de 1979 à 2004)

Il faut souligner dans ce paragraphe le zèle particulier de l'État français dans la stratégie répressive mise en place par l'État espagnol, particulièrement ces dernières années avec une intensification des mesures d'exception, notamment l'isolement dans les prisons (sous toutes ses formes, séparation d'avec les autres prisonniers politiques basques, isolement total, isolement politique, dispersion...).

CRÉATION D'ASKATASUNA

L'organisation Askatasuna a été créée le 14 décembre 2001, suite à un processus qui a duré plus d'un an et qui est connu sous le nom d'Elkarrekin Eraiki. Elle est née de la fusion des organisations Gestoras Pro Amnistia (Hegoalde) et Coordination des Comités de Soutiens aux Prisonniers Politiques Basques (Iparralde), dont elle a repris la tâche. Askatasuna est une organisation nationale de soutien aux Prisonniers et aux Réfugiés Politiques Basques, qui travaille sur l'ensemble d'Euskal Herria. Elle fait partie du Mouvement pour l'Amnistie.

Depuis près de 25 ans, le Mouvement pour l’Amnistie organise la solidarité envers les prisonniers et réfugiés politiques basques au Pays Basque, des milliers de personnes s'impliquant dans cette dynamique. C’est un mouvement à caractère populaire et public, dont le but est de dénoncer les atteintes aux Droits de l’Homme perpétrées par les États espagnol et français.

Au sein de ce Mouvement, les tâches d'Askatasuna consistent en

Ces fonctions, qui avaient été assurées par les Gestoras Pro Amnistia depuis leur fondation en mars 1976 et par la Coordination des Comités de Soutien aux Prisonniers Politiques Basques depuis novembre 1997, sont assumées par des milliers de personnes et des centaines de comités locaux. Dans ce travail quotidien, Askatasuna incarne l’héritage du chemin tracé par ces deux organisations, et représente aujourd'hui une référence incontournable au sein de la gauche abertzale.

CRIMINALISATION

Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2001, le Juge Baltasar Garzón a lancé une opération contre les Gestoras Pro Amnistia, faisant arrêter et incarcérer 12 personnes, pour leur militance politique dans cet organisme.

Puis une ordonnance a été émise, toujours par le juge Garzón, le lundi 21 janvier, concernant les activités dites délictueuses d’Askatasuna. L'opération s'est en effet soldée par l’arrestation et l’incarcération de 11 membres de sa direction, dont son porte-parole Juan Mari Olano arrêté le 3 décembre 2001 à Bayonne, et extradé quelques mois plus tard vers l’État espagnol (Juan-Mari a été récemment libéré, le 20 septembre dernier, après avoir du payer la caution de 100.000 euro imposée par les juges de l'Audience Nationale espagnole). Toutes les activités des Gestoras Pro Amnistia ont été déclarées illégales par le juge Garzón. 25 ans d’histoire anti-répressive ont été mises hors la loi d’un seul coup de crayon. Puis, le gouvernement espagnol a profité de l’occasion pour inclure Gestoras dans la "liste internationale des organisations terroristes". Par ailleurs, 14 personnes sont actuellement inculpées dans ce même dossier, parmi elles trois avocats. Le 5 février 2003, ce sont 5 autres citoyens basques qui sont arrêtés par ce même juge Garzón et incarcérés pour le travail qu'ils ont mené au sein du mouvement, et un mandat d’arrêt international est lancé contre Jean François Lefort, porte-parole du Mouvement.

Il s'agit d'une tentative de rendre caduque tout le travail réalisé depuis 25 ans par le Mouvement pour l’Amnistie, et de le criminaliser.

LE CAS DE JEAN FRANCOIS LEFORT

Jean François LEFORT, "Lof", 34 ans, originaire du village d’Arbonne est un militant politique bien connu au Pays Basque pour son engagement sans faille dans la dénonciation de la répression et pour la défense et le soutien des prisonniers politiques basques. Jean François LEFORT est un des acteurs incontournables de la vie politique d'Euskal Herria. Il a déjà été incarcéré en 1990 pendant un an, à la Maison d’Arrêt de Poitiers, pour son insoumission au service militaire, puis encore un mois, en 2002, à la Maison d’Arrêt de Bayonne, pour une action de désobéissance civile pour la reconnaissance de la langue basque, lors de laquelle des panneaux de signalisation rédigés uniquement en français avaient été sciés.

Jean François LEFORT est l’un des fondateurs en 1997 de la Coordination des Comité de Soutien aux Prisonniers Politiques Basques et devient le porte-parole d’Askatasuna en 2001 lors de sa fondation à Donostia. C’est pour cet engagement et ce travail politique continu que le juge madrilène Baltasar Garzón délivre contre lui un mandat d’arrêt international. Son délit: être le porte-parole d’une organisation qui dénonce les atteintes aux droits et libertés fondamentales. Refusant toute criminalisation ou volonté de "clandestinisation", il continue de mener son action politique dans cette même voie tracée par le Mouvement pour l’Amnistie, multipliant les apparitions publiques et s’exposant sans cesse aux médias et acteurs politiques, et ce au nom d’un mouvement déclaré illégal en Hegoalde, mais qui est légal en Iparralde, pour s'exprimer au sujet des problématiques liées au conflit politique d'Euskal Herria.

Jean-François LEFORT a été arrêté, ainsi que sa compagne, le 7 décembre 2004, et incarcéré le 11 à la prison de la Santé. Sa remise en liberté conditionnelle a été depuis ce jour refusée à plusieurs reprises, les autorités françaises s'entêtant à rejoindre leurs homologues espagnoles dans leur travail d'oppression d'Euskal Herria et des citoyens basques. Lof est, comme des centaines d'autres prisonniers politiques basques, un otage des États, maintenu en prison en raison de sa militance politique.

Euskal Herria, le 17 octobre 2005

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